Virginie passe la frontière

Ou la fuite en avant du personnel paramédical vers de plus beaux horizons.

« Le travail est pour les hommes un trésor »

Esope

 

Je m’appelle Virginie, j’ai 27 ans, et je suis Infirmière.

Aujourd’hui, c’est la première fois. C’est la première fois que je prends le bateau.

Il y a trois mois, j’ai pris la décision de partir. Partir de la fonction publique hospitalière, pour aller vivre de nouvelles aventures. En même temps, je n’avais plus trop le choix.

Cela fait trois ans maintenant que je suis diplômée. J’ai d’abord exercé sur le pool de mon petit hôpital de province, dans lequel j’avais été embauchée en CDD. Après une année, j’ai enfin été mise en stage, et titularisée à la fin de ma deuxième année d’exercice.

J’ai alors pu enfin choisir mon poste, et je me suis retrouvée en service de chirurgie viscérale. Au fur et à mesure que j’évoluais, le travail devenait de plus en plus difficile ainsi que mes fins de mois d’ailleurs.

Le plus dur fut lorsque l’établissement pris la décision de fusionner les services afin de réduire le coût des budgets.

Une année environ après ma prise de poste, je me retrouvais titulaire d’un poste infirmier, dans un service sans véritable spécialité, où je m’occupais à la fois de patients de chirurgie viscérale et de patients de gastro-entérologie. Mais le plus dur, c’est que je devais réaliser aussi des chimios, sans formation complémentaire préalable. Je devenais une infirmière touche à tout, interchangeable et j’avais la sensation de ne plus aller au fond des choses. J’ai alors demandé, à pouvoir être formée de manière plus approfondie sur ces fameuses chimios, mais les formations étaient limitées faute de budget. Je me suis donc formée sur le tas, avec mes collègues, mais j’avais toujours la sensation de ne pas aller au bout des choses par manque de formation.
A tout cela, venait se surajouter un problème d’argent. Je suis célibataire, et entre le loyer, les impôts et les frais d’entretien de ma voiture, cette dernière étant le moyen de transport obligatoire pour me rendre sur mon lieu de travail, les fins de mois devenaient de plus en plus difficiles. Je me trouvais dans l’obligation d’assurer des gardes supplémentaires sur mon lieu de travail pour couvrir tous mes frais et pouvoir juste m’assurer une vie descente sans me retrouver à découvert en fin de mois.

Mon travail devenait de plus en plus compliqué, puisqu’ il fallait gérer toutes ces spécialités que je ne connaissais pas de manière approfondie et du coup, par la force des choses les exigences des différents médecins spécialistes. Il n’y avait plus de véritable travail d’équipe comme auparavant au sein d’une équipe dédiée et performante dans sa spécialité.

Et puis un jour, une de mes collègues et amie qui exerçait dans le même service que moi m’a dit qu’elle avait posé sa mise en disponibilité afin d’aller exercer sa profession d’Infirmière dans un hôpital Suisse.  Elle ne pouvait plus travailler comme cela, en étant une Infirmière touche à tout, elle en avait ras le bol de demander des formations depuis plusieurs années sans qu’elles lui soient accordées. Alors elle avait décidé, tout bien réfléchi de franchir le pas et de passer la frontière. J’en restais bouche bée. Elle qui avait exercée depuis dix ans dans le service et qui était très attachée à la fonction publique, prenait la décision de s’en aller.

En rentrant chez moi ce soir-là après une journée de travail, l’idée de faire de même avait commencé à faire son chemin.

Je suis alors allée me renseigner sur internet, et j’ai pu constater que si je postulais sur le centre hospitalier de Lausanne en tant qu’Infirmière, je pouvais gagner plus de deux fois mon salaire français environ. Et cela en début de carrière. Et je pouvais constater qu’au bout de quelque temps, après avoir fait mes preuves, on me garantirait une formation spécialisée entièrement payée en fonction du service dans lequel j’allais exercer, l’équivalent de nos DU, que l’hôpital public français refusait presque systématiquement de nous financer  faute de budget.

Ma décision était prise. Malgré le fait que les trajets allaient être épuisants et que je serai obligée de me lever à cinq heures du matin, malgré le fait que je travaillerai en quarante-deux heures, au lieu de trente-cinq, le jeu en vaudrait la chandelle pour pouvoir enfin exercer ma profession comme je le souhaite et m’assurer un avenir financier plus que confortable.

Et me voilà, trois mois plus tard, en route pour mon premier jour de travail dans ce bateau qui traverse le Léman, mon nouveau moyen de transport journalier. Aujourd’hui, c’est mon premier jour, et sur le bateau, j’ai déjà croisé quatre anciennes Infirmières de mon hôpital. Je me suis joint à leur groupe, car je recherche un peu de soutien en ce premier jour qui est pour moi un nouveau tournant dans ma vie.

Nous sommes dehors, en train de regarder le soleil se lever sur les montagnes. Le paysage est magnifique et l’une d’elle ne peut s ’empêcher de fredonner la chanson de Marvin Gay et Tammi Terrel:

« Ain’t no mountain high enough…. »

 Liens en rapport avec  cet article:

http://www.lemessager.fr/genevois/les-chiffres-confirment-la-fuite-des-infirmieres-vers-geneve-ia928b930n175979

http://ge.ch/sante/media/site_sante/files/documents_telechargeables/2016_01_16_observatoire_transfrontalier_sante.pdf

https://www.infirmiers.com/votre-carriere/exercice-international/la-profession-d-infirmiere-en-suisse.html

https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000469540&categorieLien=cid

 

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