Billet d’humeur de Docteur

Dans lequel un médecin s’insurge contre la dérive du collectif des médecins intérimaires.

 

« Parmi les médecins, beaucoup le sont par le titre, bien peu par le fait. »
Hippocrate

 

 

Je m’appelle Marie, j’ai trente-sept-ans et je suis médecin urgentiste.

Un métier que j’ai choisi et que j’ai adoré exercer, jusqu’au jour où… Jusqu’au jour où le système a eu raison de moi. Jusqu’au jour où la maltraitance organisée, des patients mais aussi des soignants, a eu raison de toute ma bonne volonté.

J’ai alors quitté la fonction publique. J’ai quitté la sécurité de mon poste de Praticien Hospitalier pour le libéral. Pour remettre le patient au centre de ma pratique. Pour soigner, soulager, écouter. Pour pouvoir faire mon travail correctement.

Mais j’aime les urgences. Alors, pour y garder un pied, je me suis inscrite dans une boite d’intérim. Une garde de temps en temps.

Les offres pullulent ainsi que les remplacements de dernière minute. C’est là que les prix flambent. En deux heures, une garde peut prendre deux cents euros. Certaines partent à deux fois le prix. L’offre et la demande…

En théorie, vingt-quatre heures de garde aux urgences sont rémunérées mille-cent euros net. Douze heures, c’est donc cinq-cent-cinquante. Jusque-là vous me suivez. A cela vous rajoutez les frais de transport remboursés, et l’hébergement sur place. En gros, c’est à ces chiffres que le gouvernement veut plafonner la rémunération des intérimaires.

Mais certains de ces fameux médecins remplaçants ne sont pas du tout (mais alors pas du tout) contents.

Ils sont furieux.  Comme par exemple, celui que je relevais, l’autre matin et qui m’a dit avant même de me dire saluer : Tu viens pour combien, toi ?

Un peu désarçonnée par la question, j’ai répondu : Ben, normal, cinq cent cinquante euros.

Il a renchéri :

Mais, t’as pas de diplôme ? 

Si, si, j’en ai plein, des diplômes ! 

 Et furieux il m’a alors lancé :

Tu sais que t’es en train de tuer le marché, là, à accepter d’être payée comme un roumain sans diplôme ! 

Du coup, comme j’étais venue voir des patients et non me faire remonter les bretelles, j’ai demandé à l’infirmière de me faire les transmissions.  Ah tiens, les infirmières, parlons-en !

Juste pour se donner une idée, ça gagne combien, une infirmière, par mois ? Allez, un petit effort, donnez-moi un chiffre ! Et bien je vais vous le donner, le chiffre, c’est mille-sept-cents euros par mois. Mais là on parle en BRUT. La prime de nuit ? Un euro soixante-et-onze brut par heure travaillée !!!!! Bien sûr, les responsabilités ne sont pas comparables. Bien sûr, il y a dix ans d’études derrière notre profession. Bien sûr…

C’est alors que je me suis rappelée le jour où j’ai prononcé le serment d’Hippocrate. Le président de mon jury de thèse a retiré sa toge pourpre et hermine, l’a posé sur mes épaules, et m’a dit : Félicitations, Docteur ! La première fois qu’on m’appelait Docteur ! Je me tenais fièrement, émue, devant ma famille et mes amis, devant quelques-uns de mes désormais pairs. Il est beau, ce serment. C’est pour ça qu’on fait médecine, non ?

Je ne dis pas que les médecins (libéraux ou hospitaliers) sont bien payés, aux vues de leurs compétences, de la charge de travail (physique et surtout émotionnelle), des responsabilités.

Je ne stigmatise pas, non plus, les intérimaires. Ils ne sont pas responsables de la demande. Ils ne sont pas responsables de l’effondrement de la fonction publique hospitalière. Mais se réunir en collectif pour gagner plus ? Sans blague… Il doit se retourner dans sa tombe, Hippo-truc…

 

Liens en rapport avec cet article 

  • Décret visant à plafonner la rémunération des médecins intérimaires :

https://www.legifrance.gouv.fr/eli/decret/2017/11/24/SSAH1720799D/jo/texte

  • Petites explications sur la grille de salaire des infirmières de la fonction publique :

https://www.gmf.fr/service-public-gmf/fonction-publique-hospitaliere/salaire-infirmieres

http://www.syndicat-infirmier.com/Une-prime-de-1-5-EUR-par-nuit-travaillee-la-derniere-aumone-de-Marisol.html

  • Témoignage repris sur :

https://www.egora.fr/actus-pro/conditions-d-exercice/38767-diplomes-inverifiables-surencheres-des-tarifs-listes-noires-j

 

  •  Copie du mail reçu par les médecins intérimaires :

 

AVIS AUX MÉDECINS REMPLAÇANTS

    Cher(e)s collègues et ami(e)s : un collectif de médecins remplaçants toutes spécialités confondues s’est constitué sous le nom de « Médecins Remplaçants en Hôpitaux Publics »(MRHP) pour protester contre le décret 2017-1605 du 24 Novembre 2017 initié par Dr Olivier Véran (neurologue du CHU de Grenoble, député LREM, ancien PS). Ce décret stigmatise les médecins remplaçants et les accuse notamment de creuser le déficit des hôpitaux publics de 500 millions d’euros par an. Il oblige les hôpitaux à diminuer la rémunération des médecins remplaçants de 25% en journée et de 10% sur les 24h en 2018 pour la ramener en 2020 au niveau de celle des PH titulaires. Or la rémunération actuelle des médecins remplaçants n’est que le juste salaire de la prestation fournie compte tenu du statut de remplaçant et de ses contraintes : précarité, mobilité, adaptabilité, protection sociale inexistante : absence de congés maladie, retraites très diminuées malgré des cotisations élevées, absence de prise en charge de la formation professionnelle obligatoire, congés et prime de rupture de contrat inclus dans la rémunération journalière .

L’activité de remplaçant et l’augmentation de l’intérim en milieu hospitalier ne sont que la conséquence et nullement la cause de la non attractivité du statut des PH. Cette activité de remplacement diminuera si le statut des PH s’améliore, ce que nous souhaitons tous.

Notre collectif a décidé d’entamer une grève progressive des remplacements. Dès aujourd’hui, nous invitons les médecins remplaçants qui le peuvent à refuser les offres appliquant la nouvelle tarification. A partir du mois de mars, nous demandons à tous nos collègues remplaçants de refuser tout remplacement dans vingt hôpitaux choisis par le collectif. Cette liste sera amenée à s’élargir à d’autres structures avec une grève totale des remplacements en juillet, août et les jours fériés.

Liste des hôpitaux qui devront fonctionner sans aucun remplaçant à partir de mars 2018 :

hôpital du Havre / hôpital de Valence / hôpitaux de l’Isère(38) : CHU Grenoble, hôpital de Varon, Romans sur Isère / hôpital de Tourcoing / CHU de Caen / hôpital de Charleville-Mézières / hôpital d’Alençon / CH de l’Aigle / hôpital de Mulhouse / hôpital de Guingamp / hôpital d’Aubenas / hôpital Marmande / CHU Pointe à Pitre / hôpital Dole / Hôpital Européen Georges Pompidou (Paris)  / CH Arcachon / CH Quimper / CH de Pau / CH Périgueux.

Nous espérons l’engagement et le suivi de ce mouvement de grève par tous. Soyons solidaires et vigilants pour défendre notre choix d’exercice professionnel.

Collectif des Médecins Remplaçants en Hôpitaux Publics 

 

 

 

 

 

 

 

2 Replies to “Billet d’humeur de Docteur”

  1. Bonjour

    Merci beaucoup pour cet article, très éclairant sur la situation des médecins hospitaliers, et de l’hôpital public tout entier.
    Le SNPHARE (Syndicat National des Praticiens Hospitaliers Anesthésistes-Réanimateurs, Elargi aux autres spécialités), souhaite entrer en contact avec l’auteur : pouvez-vous lui transmettre notre requête et nos coordonnées, nous garantissons bien sûr l’anonymat.
    Cet article a été repris sur notre page Facebook https://www.facebook.com/snphare/posts/1911477118885120?notif_id=1523452424776086&notif_t=feedback_reaction_generic&ref=notif
    Cordialement

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