Quand Virginie rencontre Anatole

 

Quand un médecin à la retraite apporte son témoignage en tant que famille de patient sur le monde hospitalier actuel.

« La force qui est en chacun de nous est notre plus grand médecin »

                                                                                                         Hippocrate

Je m’appelle Anatole et j’ai 86 ans.

Avant, je pratiquais la chirurgie réparatrice des malformations et déformations.  J’ai pris ma retraite il y a maintenant quinze ans.  Malgré l’arrêt de mes activités professionnelles, au fond de moi, et comme beaucoup de mes collègues, je suis toujours resté médecin. Car même à la retraite, un soignant, reste un soignant.

Mais aujourd’hui, je soigne aussi une partie de ma famille, dont ma femme malade avec laquelle je suis resté marié pendant 66 ans ; elle a souffert d’une grave maladie dont elle vient de décéder.

Elle a fini ses jours à domicile car je n’ai pu la laisser à l’hôpital dans les conditions actuelles devenues inhumaines.  En effet, en ce même lieu dans lequel j’avais exercé quarante années durant, les infirmières étaient limitées en termes de temps au lit de chaque patient, et ne pouvaient donc pas porter l’attention nécessaire que requérait mon épouse.

Du fait de mon expérience professionnelle et personnelle, j’ai pu ainsi constater l’évolution progressive négative de la prise en charge humaine des patients. En effet, on ne laisse plus aux soignants le temps de pouvoir assurer des soins de qualité. Et là je n’évoque que les soins techniques, c’est sans parler du temps d’accompagnement qui lui, n’étant pas quantifiable, est laissé de côté.

Quand j’ai commencé la médecine, c’est avec les patients eux-mêmes que j’ai pu comprendre et identifier le but de cette dernière. Je passais plus d’une heure à Ecouter chacun d’entre eux afin de pouvoir non seulement identifier correctement leurs symptômes, mais aussi prendre le temps d’Ecouter leur souffrance physique ET psychique.  Et tout ce temps était précieux. Précieux pour eux et précieux pour moi. Ils avaient la sensation d’être Ecoutés et je me sentais satisfait de mon travail, que je jugeais accompli dans sa globalité.

Aujourd’hui, j’ai pu constater à maintes reprises que le soignant est chronométré dans ses soins techniques, assurant ainsi une rentabilité certaine à son hôpital, mais que l’Humain est laissé de côté. Le système administratif a pris le dessus. Les actes techniques sont codifiés, le patient laisse place à l’acte, l’Humain à l’argent.

En outre, à mon époque, un soignant était un soignant. Qu’il soit infirmier, ASH, aide-soignant, professeur, médecin assistant ou interne, chacun restant certes à sa place, il y avait cependant un réel travail d’équipe. Chacun avait son importance dans la chaine du soin et chaque soignant était pris en considération.

J’ai tant aimé la médecine et aujourd’hui, mon seul souhait est que chacun puisse profiter de ses progrès et que tout patient puisse être Ecouté et Entendu.

Ainsi, après le décès de mon épouse et la période difficile que je viens de traverser, je pense à l’avenir de la médecine, par exemple avec la naissance récente de mon dernier arrière- petit-fils qui nous comble de bonheur et me permets de me rappeler aussi pourquoi j’ai choisi la spécialité de chirurgien plasticien et pédiatrique. Mes petits patients auront toujours une place dans mon cœur.

Et tous les matins, c’est vers ma femme que va ma première pensée. Mon Amour, celle qui m’a soutenu dans mon métier, celle avec qui j’ai partagé tant de tranches de vie, et qui jusqu’à son dernier souffle m’a donné l’élan pour être la personne que je suis aujourd’hui.

Alors, comme Aretha Franklin le dit si bien :

« The moment I wake up (…) I say a little pray for you(…)Forever and ever, you’ll stay in my heart
And I will love you”

 

Liens en rapport avec cet article :

http://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/Brochure_grand_public_sur_les_soins_palliatifs_et_l_accompagnement.pdf

http://sante.lefigaro.fr/actualite/2016/06/09/25076-cancer-souffrances-oubliees-proches