Pour Halloween, la petite Virginie ne se déguisera pas en Infirmière

 

Comment la vocation d’Infirmière peut tendre à disparaître et l’impact du burnout sur le couple et la cellule familiale

 

« Il n’y a rien de plus complet qu’un couple qui traverse le temps et qui accepte que la tendresse envahisse la passion. »

Marc Levy

 

 

Je m’appelle Virginie et j’ai 8 ans. J’ai 8 ans et plus tard, je serai Infirmière.

Ma Maman est Infirmière et mon Papa, lui, il est Docteur.

Hier, j’ai dit à Maman que je voulais faire comme elle plus tard.

Mais Maman, du fond de son lit, elle a dit que « Non, que ce n’était pas une bonne idée. »

Je crois que ma Maman n’aime plus son travail, et c’est pour ça qu’elle a dit ça.

L’autre jour, elle est rentrée de l’hôpital et elle pleurait. Elle pleurait très fort, comme moi, le jour où je me suis fait très mal en faisant de la balançoire et que mon genou saignait tellement que Papa a été obligé de me faire des points de suture.

Papa nous a dit alors qu’il allait s’occuper de Maman et il nous a préparé à diner des hot-dogs. On n’en mange jamais des hots-dogs normalement, parce que maman, elle dit que ce n’est pas bon pour la santé. Ensuite, il nous a mis notre film préféré à mon frère et à moi. Et alors il est parti s’occuper de Maman qui pleurait beaucoup. Il lui a donné un médicament et lui a fait plein de câlins. Il lui a dit d’essayer de dormir. Je n’ai pas pu bien regarder le film, et pourtant c’est mon préféré c’est « Un monstre à Paris », parce que Maman pleurait si fort que ça m’empêchait de suivre. Alors j’ai fait un dessin en regardant le film, pour la consoler. Et je l’ai posé derrière la porte de sa chambre. C’était une Infirmière, une Infirmière avec des ailes dans le dos.

Maintenant, je sais que son dessin, c’est son préféré, car elle l’a posé sur sa table de nuit, à côté de la boite de médicaments et du paquet de mouchoirs. Et elle le regarde tout le temps.

Papa est redescendu voir la fin du film avec nous, et j’ai vu qu’il avait pleuré. Papa, il n’aime pas voir Maman malheureuse. Ensuite, il nous a couché et il a dit que demain, il n’irait pas travailler, et que c’est lui qui nous emmènerait à l’école. C’était bizarre, parce que d’habitude, Papa, il vient juste nous chercher à l’école le soir et c’est Maman qui nous emmène. Parce que Maman elle travaille la nuit à l’hôpital et Papa, il soigne les gens la journée, dans son cabinet. Alors le lendemain, Papa, est resté toute la journée avec nous, et le jour d’après aussi. Et Maman, elle est restée au lit, et le jour d’après aussi.  J’ai demandé à Papa combien de temps Maman allait être malade. Il m’a répondu qu’il ne savait pas, et j’étais très en colère parce que d’habitude, Papa, il te donne un médicament et tu vas mieux vite après. Je lui ai dit qu’il n’était pas gentil et que ce n’était pas un bon Docteur, parce qu’il ne voulait pas soigner Maman. Il était triste après, j’aurai pas dû dire ça. Les jours d’après, Papa est retourné travailler. C’est Claire, la baby-sitter qui est venue nous garder, parce que c’était les vacances et que normalement c’était Maman qui devait s’occuper de nous. Mais Papa, il a dit qu’elle était encore trop malade et qu’elle devait se reposer, parce que, la maladie de Maman, ça l’empêche de dormir et ça l’a fait pleurer tout le temps.

Moi, j’ai dit à Papa qu’il fallait emmener Maman à l’hôpital, parce que quand on est trop malade, c’est là qu’on va, mais Papa, lui, il n’a pas voulu, il a dit que ça irait mieux bientôt et que Maman, elle finirait par se lever.

Alors tous les soirs avant d’aller me coucher, j’ai demandé à la gentille Sorcière qui ramène la poussière d’étoiles magiques (c’est comme ça que Maman l’appelle, la fée qui aide à faire de jolis rêves) d’aider Maman à se lever le lendemain. Et ça a fini par marcher.

Ce matin, on est mardi.  Maman s’est levée de son lit, et comme tous les jours s’est dirigée vers la machine à café. C’est la première fois que maman se lève depuis douze jours. J’ai compté, parce qu’elle est partie se coucher un soir avant les vacances. Papa, lui, il a souri quand il a vu maman debout. Maman a allumé la musique. Elle a enlacé Papa et ils ont dansé dans la cuisine en écoutant Clare Maguire, la chanson préférée de Maman. Je le sais parce que un jour, Maman, elle m’a expliqué les paroles, et elle m’a dit que ça lui faisait penser tout le temps à Papa :

« I’ve had fears underneath my skin
Let’s get together and stay together
For the rest of our lives, whoa, the rest of our lives

Here I am, here I’ll stand
With you everyday
Here I am, here I’ll stand »

Ensuite, Maman, m’a vu et elle est m’a prise dans ses bras. En me faisant un gros câlin, elle m’a dit qu’elle était désolée d’avoir dormi si longtemps. Et elle m’a dit qu’elle ne retournerait plus jamais au travail.

Peut-être que Maman a raison finalement, ce n’est pas une bonne idée d’être Infirmière si ça fait pleurer tout le temps et que ça rend triste.

Je crois que ce soir pour Halloween, je ne vais pas mettre le costume d’Infirmière qu’elle m’avait fabriqué. Je mettrai plutôt celui de la gentille Sorcière. Celui de la gentille Sorcière qui jette des sorts pour rendre Maman heureuse.

 

Liens en rapport avec cet article :

https://www.albus.fr/logiciel_infirmiere/sesam_vitale_infirmier/2017/09/infirmieres-liberales-hospitalieres-vocation-semousse/

Pour mieux comprendre le burnout :

http://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/Exe_Burnout_21-05-2015_version_internet.pdf