La raison d’être de l’Infirmière Insoumise

Je m’appelle Virginie, je suis sans âge et je suis infirmière dans la fonction publique hospitalière.

Aujourd’hui, c’est la première fois.

C’est la première fois que je décide de parler, face à la menace du droit de réserve, et des sanctions diverses qui me pendent au nez.

Aujourd’hui, c’est la première fois, mais c’est aussi la dernière que je décide de supporter tout cela.

Aujourd’hui, c’est le dernier jour où je cautionne. Car continuer comme cela, revient à cautionner.

Cautionner cette fonction publique hospitalière qui ne correspond plus à mes valeurs. J’ai appris  « Le prendre soin » au cours de mes études.

Et bien je n’arrive plus à « prendre soin » correctement des patients. ON ne me laisse plus le temps pour le faire. On ne NOUS laisse plus le temps pour le faire.

On nous demande de travailler en sous effectif, de devenir des êtres sans âme qui exécutent des soins à la chaine, on ne nous traite plus comme des êtres humains.

L’administration nous broie et broie nos patients, ceux pour qui nous essayons chaque jour de nous battre afin de leur fournir une prise en charge digne de ce nom.

Il ne s’agit pas de se battre contre un système. Il s’agit juste de le dénoncer. Ces derniers temps j’avais la sensation que mes patients n’avaient plus confiance. Plus confiance dans le système et donc par la force des choses plus confiance en les personnes qui les soignent et donc en moi. J’ai alors perdu confiance en moi-même, et, hantée par la peur de la faute, je ne dormais plus.

J’angoissais tous les jours au travail, je ne supportais plus la pression, la charge de travail, et le risque de franchir un dépassement de compétences à chaque instant. J’avais peur d’être victime d’une faute professionnelle. VICTIME est bien le mot.

J’étais victime d’un burn out, comme à priori vingt pour cent  de mes collègues sur mon lieu de travail.

La culpabilité liée à l’arrêt de travail fut encore pire. Comment laisser mes collègues me remplacer alors qu’ils sont déjà en sous effectif ?

J’ai entendu l’autre jour une émission sur les grandes ondes qui disait que, le burn out, et bien, c’est comme un chagrin d’amour.

J’ai un chagrin d’amour. J’avais l’amour de ma profession au sein même du service dans lequel j’exerçais et je n’aurai changé de poste pour rien au monde,  car elle m’apportait autant que j’essayai d’en apporter en retour.  Mon chagrin d’amour, c’est d’avoir eu le travail que j’aimais,  mais que par la force des événements, j’eusse dû me résigner à en changer, faute de supporter un système broyeur de soignants.

Un questionnement a alors émergé de toute cette reflexion. Est-ce que tout cela, c’est ma faute?

Aujourd’hui, à la vision des récents reportages qui sont passés à la télévision sur le sujet,  je me rends compte que non.

Je pense qu’il est temps maintenant pour nous de témoigner, et surtout de partager afin que nous puissions nous sentir moins seul au monde face à nos  conditions de travail actuelles.

Mais,  je ne peux le faire SEULE.

Alors pour cela j’ai besoin de vous, de vos témoignages.

Des témoignages qui parlent de situations qui ont changé vos vies, n’oublions pas aussi les tranches de vie que nous avons vécues avec nos patients qui nous ont tant apporté.

Le mieux est de m’envoyer un mail de manière anonyme, si vous ne pouvez pas le faire, pas d’inquiétude, la confidentialité sera respectée, et les mails détruits.  Je les transcrirai alors en les inscrivant dans un petit billet, une petite histoire, tout en respectant les faits, mais en changeant les noms ( l’infirmière se prénommera systématiquement Virginie, allez savoir pourquoi 🙂 ). Le lieu sera toujours le même, l’hôpital public, seul le service changera.

Alors, Etudiants Infirmiers, Infirmiers, Infirmiers Anesthésistes, Infirmières de blocs, ces quelques pages sont faites pour vous, pour que nous ne nous sentions pas seuls.

Vous pouvez m’envoyer vos témoignages à l’adresse mail suivante :

infirmiereinsoumise@gmail.com